Souvent considéré comme la partie la
plus spectacu- laire d'une régate, la phase
de départ obéit à une procédure extrêmement
précise.
Avant chaque régate, chacun des bateaux qui
composent les paires qui vont s’affronter
pendant la journée se voit attribuer un côté
pour entrer sous la ligne lors de la procédure
de pré-départ.
Lorsque résonne le signal d'attention
(V. ci-contre), chacun des voiliers se tient
à une extrémité de la ligne, à l’extérieur
de la marque.
Au signal préparatoire, les voiliers
rentrent sous la ligne en la franchissant
à l’envers.
Tout concurrent qui rentre sous la ligne trop
tôt ou trop tard écope d’une pénalité.
Le voilier qui entre par la droite de la ligne
(lorsque l’on regarde face au vent) se retrouve
tribord amure et bénéficie donc de la priorité
lors du premier "contact".
Pendant tout le compte à rebours de 5mn, chacun
essayera donc de conserver ou de s’emparer
de la droite de l’adversaire afin de se retrouver
prioritaire.
Au cours de ce laps
de temps où le bateau prioritaire " chasse "
le bateau non prioritaire pour l’emmener
dans une zone où il sera en mauvaise
position, ou en retard pour prendre
son départ, chacun des concurrents cherche
à :
-
se positionner au mieux
pour couper la ligne de départ juste
au moment du coup de canon et du côté
de l’adversaire qui lui semble le plus
favorable compte tenu du vent sur le
plan d’eau ;
-
empêcher l'adversaire
d'en faire autant et, dans l'idéal,
à le pousser à la faute (octroi d'une
pénalité, franchissement de la ligne
avant le départ ce qui oblige à revenir
la franchir...).
LES
BORDS DE PRES
Un principe fondamental (assez
évident) régit la conduite des bateaux lors
des "bords de près" qui est qu'un voilier
ne pourra jamais remonter face au vent. Pour
progresser dans le vent, un voilier doit donc
tirer des bords [un Class America navigue
à environ 28° du vent (légèrement variable
selon la force du vent].
Schématiquement, on peut ainsi tracer virtuellement
sur le parcours le "cadre" qui est la zone
entre la bouée au vent et la bouée sous le
vent dont les concurrents doivent chercher
à ne jamais sortir.
Ce cadre est un losange ayant à sa pointe
du haut à la bouée au vent et à sa
pointe du bas la bouée sous le vent.
Les angles du haut et du bas de ce losange
virtuel sont naturellement d’environ 56° (2
x 28°) et ses bords (les laylines) sont constitués
par le chemin que parcourrait un voilier choisissant
d’aller de la bouée sous le vent à la bouée
au vent en seulement deux bords, que ce soit
par la droite ou par la gauche du plan d’eau.
Tout voilier qui sort du cadre parcourt donc
plus de chemin que ce la n’est strictement
nécessaire.
La route directe étant
impossible pour aller à la bouée au
vent, le travail du tacticien est de
tirer les bords qui permettront d’arriver
à la bouée le plus rapidement possible
en exploitant au mieux le vent.
Dans ce cadre, deux possibilités :
-
se diriger vers les
zones du parcours où le vent est le
plus fort ;
-
exploiter au mieux
les variations en direction du vent
afin de parcourir le moins de chemin
possible.
La vitesse du bateau reste
évidemment un facteur déterminant tout au
long d’une régate.
Bien souvent, lorsqu’un bateau a réussi à
prendre l’avantage sur son adversaire (grâce
à une meilleure vitesse ou une tactique plus
judicieuse), il va chercher à "contrôler"
son adversaire.
En effet, la météo n’étant pas encore une
science exacte, il est souvent intéressant
d’essayer de préserver l’avantage acquis sur
l’adversaire en faisant les mêmes choix tactiques
que lui, ce qui permet de limiter les risques
de retournement de situation dû à une bascule
de vent mal anticipée. Généralement, le contrôle
se pratique en essayant de rester autant que
possible entre l’adversaire et la bouée.
Bien souvent on voit alors le voilier de derrière
multiplier les virements de bord pour essayer
de se défaire du contrôle de son adversaire
et avoir ainsi une chance d’exploiter des
conditions de vent différentes des siennes.
Cette phase fréquente en match-racing s’appelle
"duel de virements".
Toutefois, lorsqu’un côté du plan d’eau semble
vraiment favorable, le bateau de tête pourra
chercher à se placer de façon à déventer à
son adversaire pour l’inciter à virer de bord
et à se diriger vers le mauvais côté du plan
d’eau.
Bien souvent, lorsqu’il n’y a pas un côté
du plan d’eau qui paraît favorable et que
les bateaux sont proches l’un de l’autre,
la tactique consiste à essayer de se placer
à droite de son adversaire afin de se retrouver
tribord amure, donc prioritaire, lors du prochain
croisement.
LES
BORDS DE PORTANT
Même si cela est techniquement possible puisque
le bateau est poussé par le vent, sur les
bords de portant (dits aussi "de vent
arrière"), la ligne droite n’est pas la route
la plus rapide.
En effet, lorsque le bateau "loffe", c’est
à dire qu’il se rapproche du vent, celui-ci
créé par sa propre vitesse de déplacement
qui vient s’additionner à la force du vent
réel et lui permet d’accélérer. Le cumul du
vent réel et du vent créé par le déplacement
du bateau s’appelle le "vent apparent ".
L’allongement du chemin parcouru est ainsi
compensé par l’augmentation de la force du
vent qui permet au bateau d’aller plus vite.
Selon la force du vent, l’angle de descente
d’un class America peut varier de 10° (par
vent fort) à 40° (par vent faible) de la route
directe. Donc au vent arrière également les
bateaux doivent tirer des bords et le principe
du cadre reste le même.
La tactique au vent arrière présente une grosse
différence avec la tactique au près dans le
sens où, le vent venant de l’arrière, c’est
le voilier de derrière qui se retrouve en
position de déventer son adversaire, ce qu’il
cherchera à faire à chaque fois que cela sera
possible.
Le rôle du tacticien du bateau de tête sera
donc de trouver une position qui soit le meilleur
compromis possible entre éviter le dévent
et ne pas lâcher le contrôle de l’adversaire.
La vitesse des bateaux et le choix du meilleur
angle de descente reste là aussi capitale.