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  L'avenir selon Bruno Troublé (22/09/02)
 
(Source : Alinghi)
Bruno Troublé est l’une des figures marquantes de la Coupe de l’America. Fondateur de la Coupe Louis Vuitton, barreur des voiliers français en 1977, 1980 et 1983, il a également participé aux Jeux olympiques de Mexico et de Montréal. Aujourd’hui, Bruno Troublé est plus connu pour le style et la méthode avec lesquelles il gère la Coupe Louis Vuitton – savant mélange d’autoritarisme et de charme.

Bernard Schopfer : On entend souvent dire que cette Coupe Louis Vuitton sera la plus belle, la plus disputée etc… Est-ce un message de marketing ou une réalité ?


Bruno Troublé : Je pense que ça va véritablement être une édition fabuleuse, car l’homogénéité entre les Challengers est impressionnante. Historiquement, il y a toujours eu domination d’une équipe. Il Moro en 1992, Team New Zealand en 1995, Prada en 2000. Or, cette fois, je pense qu’il n’y aura que peu d’écarts entre les voiliers.

BS : En quoi cette édition s’annonce-t-elle différente des précédentes ?

BT : L’organisation de la Coupe des Challengers a toujours été dominée par les équipes les plus faibles, qui étaient majoritaires. Cette fois, six teams sur neuf se considèrent comme des « grands », ce qui les a conduits à cautionner un système d’éliminations rapides. Ainsi, le premier voilier sera éliminé après un mois de courses, et il n’y aura plus que quatre voiliers en demi-finales, contre six lors de la précédente édition.

BS : Halsey Street, la route sur laquelle les syndicats sont établis, va se transformer en vallée de larmes…

BT : C’est certain, c’est un système radical. Mais il faut se rappeler que l’objectif de la Coupe Louis Vuitton est de nommer le meilleur Challenger. Cette méthode a été jugée la meilleure par les compétiteurs.

BS : Pensez-vous que la Coupe de l’America a un grand potentiel de développement ?

BT : On assiste déjà à une croissance de 30 par édition. Mais si la Coupe vient en Europe – et c’est mon rêve – alors l’épreuve va franchir un nouveau pallier.

BS : Qu’est-ce que cela signifie ?

BT : Cela signifie une grande évolution d’un point de vue sportif et médiatique, avec en plus un professionnalisme accru.

BS : Concrètement ?

BT : Le prochain Defender aura, comme le veut le règlement, un grand poids. Et c’est lui qui prendra les décisions sur le lieu, la date, le type de bateau utilisé. J’espère qu’il prendra de bonnes décisions et que la prochaine édition sera mieux organisée.

BS : Ah bon ?

BT : Les règlements de cette édition ont été adoptés à la va-vite, et sans réflexion préalable. En conséquence, la Coupe souffre déjà – avant même la première régate – de polémiques dues au manque de professionnalisme de l’organisation. C’est l’un des problèmes de fond de cette épreuve : les équipages sont plus professionnels que les organisateurs

BS : Comment l’éviter ?

BT : Il faut revoir le Protocole de fond en comble afin de simplifier l’événement. Je pense notamment à la règle de la nationalité, qui est absurde. Il y a d’autres règles à revoir. Je vous donne un exemple : nous allons perdre 1/3 des jours de course en raison de la météo, car le règlement interdit de courir en dessus de 22 nœuds. C’est absurde. Pour le public, la télévision, les partenaires….

BS : D’un point de vue médiatique, justement, comment faire grandir la Coupe ?

BT : Il faut favoriser l’accès du public et améliorer les outils d’observation et d’analyse de la Course (la couverture télévisuelle et Virtual Spectator).

BS : On entend souvent dire que la Coupe est le 3è événement le plus médiatique au monde. Qu’est-ce que ça signifie véritablement ?

BT : C’est vrai que la visibilité de la Coupe est inférieure à celle du foot ou de la F1. En revanche, la durée de l’événement est telle que les retombées cumulées en font effectivement le 3è événement sportif mondial. C’est un show télévisuel fantastique. Pour vous donner une idée, la production coûte 190.000 dollars par jour !

BS : Pensez-vous aussi qu’il faille modifier le format ?

BT : Je pense en effet qu’il faut développer un format plus spectaculaire, avec des voiliers de 35 mètres pour quinze équipiers et qui naviguent sans limite de vent ! La Coupe de l’America doit présenter les plus beaux voiliers de course imaginables. Elle doit être à la pointe de la technologie et de la médiatisation.