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Dans la fièvre qui a accompagné la
désignation de Valence, un point pourtant
majeur est passé quasiment inaperçu
qui concerne la conception des futurs Class America.
De fait, une des premières décisions
que doivent prendre le defender et le challenger
of Record est la règle du jeu concernant
la conception des bateaux, celle-ci faisant ensuite
figure de bible pour les architectes et les jaugeurs.
Alinghi et Oracle n'ont certes pas dérogé
à cette règle mais, contrairement
à leurs prédécesseurs, il semble
que la règle ait été définie
en tant que telle, avant même de connaître
la ville où les Class America seraient amenés
à en découdre.
Une telle décision peut paraître étrange
lorsque l'on regarde en arrière et que l'on
voit à quelle point les conditions climatiques
et de courants auront pu influencer les choix. La
différence entre un bateau destiné
au très tranquille plan d'eau de San Diego
et de son successeur appelé à naviguer
sur le Golfe d'Hauraki saute ainsi aux yeux.
Cette fois-ci, la règle a été
conçue dans une perspective très différente
et, dès mars 2003, chacun des challengers
potentiels a été destinataire d'un
document adressé par les deux syndicats et
qui, outre qu'il les interrogeait sur un éventuel
réaménagement des règles, fixait
le cadre général préconisé.
"En prenant en compte le résultat de
ces envois et l'idée d'un nécessaire
changement des règles existantes, il a été
décidé de maintenir la valeur des
bateaux existants tout en permettant une modernisation
de la Classe", explique Ian Burns, membre du
Team Oracle BMW Racing.
Abondant dans le même sens, l'australien Grant
Simmer (Alinghi) explique que deux des objectifs
majeurs ont été de s'inscrire dans
une réduction globale des coûts et
d'empêcher la focalisation de certains sur
des développements onéreux destinés
à tirer sur la règles (Cf. l'épisode
du Hula kiwi).
"Certains, y compris dans notre équipe,
étaient favorables à un changement
radical des règles du jeu", poursuit
le Chief Designer du syndicat suisse. "Ainsi
Russell Coutts défendait l'idée que
les actuels Class America seraient un peu dépassés
en 2007 et qu'ils devraient intégrer les
nouvelles technologies, telles que les quilles basculantes".
"Le problème est qu'une telle approche
aurait conduit à rendre les nouveaux bateaux
beaucoup plus chers", affirme Grant Simmer.
Selon Ian Burns, la liste est longue des innovations
examinées par les deux équipes et
qui n'ont pas été finalement pas été
retenues. Sont ainsi interdits les spinnakers moulés,
les peintures spécialement conçues
pour améliorer le glissement dans l'eau ou
encore l'utisation de champs magnétiques
destinés au même usage.
"Outre l'idée de réduire les
coûts, un des objectifs essentiels était
de rendre les courses plus ouvertes lors des futures
régates", ajoute Grant Simmer. "Des
régates serrées offrent plus de possibilités
aux équipes de se dépasser et mettent
l'accent sur le travail des équipages".
"Nous sommes enchantés de cette perspective
car nous sommes certains de disposer de la meilleure
équipe et je suis bien certain que les autres
se placent dans la même perspective".
Au terme de ces analyses, Alinghi et Oracle ont
donc transmis hier un projet de règles sur
lesquels tous les designers se sont immédiatement
penchés.
"Le déplacement sera réduit tandis
que la surface de voile sera au contraire agrandie",
explique Grant Simmer. "Plus précisément,
nous avons cherché à réduire
le déplacement de 25 à 24 tonnes et
décider de limiter les évolutions
dans le déplacement à 250 Kg".
Si l'idée d'accroître de 7/8 % la surface
de voiles a été jugé comme
le moyen de favoriser les chances de portants disputés
en amenant les bateaux à une meilleure accélération,
le choix a également été fait
d'encadrer strictement les variations dans cette
surface afin de faire en sorte que les bateaux soient
proches.
"La dernière fois, nous disposions d'un
ratio de 25 m² pour faire évoluer notre
gréement", continue Ian Burns. "La
prochaine fois, il sera fixé à 5/7
m²".
Autre révolution, des équipages portés
à 17 marins et un invité qu'il faudra
maintenant désigné comme 18ème
homme (en cas d'absence de ce dernier, un ballast
de 100 Kg sera hissé à bord).
Parmi les autres points, on pourra citer des quilles
plus profondes, des gréements plus légers
d'environ 250 Kg ou encore l'autorisation de matériaux
composites pour les étais.
Si la recette d'Alinghi s'avère une nouvelle
fois exacte, on peut imaginer des courses plus souvent
au contact. Pour le plus grand bonheur des spectateurs.
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