Une
ère nouvelle pour l'America's Cup (14/09/03) (source
: Forbes)
Soumise à quelques
traditionnalistes peu regardants sur les moyens, la
Coupe de l'America souffre de la comparaison avec
les autres grandes compétitions internationales.
Après avoir bannis les sponsors jusqu'en 1988,
les organisateurs n'avaient en effet accepté
l'entrée de la compétition dans le monde
moderne que du bout des lèvres, n'offrant à
ceux-ci que le droit de dépenser des millions
sans se préoccuper de choses aussi vulgaires
que des retombées médias ou du retour
sur investissement.
Bien avant d'avoir arracher son trophée au
Team New Zealand, Ernesto Bertarelli avait été
parfaitement clair sur sa vision de la Coupe, bien
différente de celle de ses prédécesseurs
et avant tout guidée par l'idée d'en
élargir au delà d'un petit cercle d'initiés.
Dans cette perspective, tous les aspects de la compétition
sont entre les mains d'une seule et unique organisation
qu'Ernesto Bertarelli a confié à un
de ses amis les plus proches, son compatriote Michel
Bonnefous. Dorénavant, AC Management gère
aussi bien les droits TV que la sélection de
la ville hôte ou encore la question des partenariats
sportifs.
Bien avant d'avoir gagné la Coupe, tout avait
été manifestement pensé pour
offrir à l'America's Cup de soutenir la comparaison
avec des évènements comme les Jeux Olympiques
ou le Mondial de football.
Pour ce faire, le premier impératif des nouveaux
organisateurs est de rendre l'évènement
plus télévisuel et, notamment, d'en
finir avec des courses de plusieurs heures perpétuellement
menacées de report.
En 2007, la durée sera formatée pour
être inférieure à deux heures
- la durée idéale selon les diffuseurs
TV - et, plus important encore, le lieu retenu devra
offrir des conditions météos telles
que le triste spectacle de Class America encalminés
durant cinq heures de suite ne sera plus qu'un lointain
souvenir.
Parallèlement, et c'est assez paradoxal pour
une Coupe qui met actuellement deux milliardaires
sans véritable besoin de financements extérieurs,
toutes les actions sont jaugées à la
lumière d'une volonté de favoriser l'entrée
des sponsors dans un évènement encore
jugé comme peu rentable.
L'arrivée en Europe est évidemment un
des vecteurs les plus efficaces de cette nouvelle
politique, offrant aux entreprises interessées
un marché de plusieurs centaines de millions
de spectateurs potentiels.
"La Nouvelle-Zélande est un endroit merveilleux
mais elle ne compte que 4 millions d'habitants et
se trouve à plus de 12 heures de tous les marchés
importants", souligne ainsi Nicholas Masson,
chargé d'organiser les partenariats de Alinghi
chez RJ Reynolds International. "Cette fois-ci,
avec plus de 320 millions de personnes à moins
de 2 h 30 d'avion, c'est une opportunité sans
pareil".
En outre, la mise en concurrence des villes interessées
pour accueillir l'évènement garantira
sans aucun doute le développement d'une infrastructure
idéale et, dans une large mesure, un accès
assez large à des financements publics.
Plus controversée mais guidée par la
même logique, une très large libéralisation
des règles destinée à favoriser
l'émergence de nouveaux challengers aura conduit
à supprimer la quasi-totalité des règles
de nationalité et à rendre plus faciles
les transferts de technologie.
Pour peu qu'il dispose des financements adéquats,
et c'est bien la logique des mesures précédentes,
n'importe quel projet de syndicat peut voir le jour
et rattraper une partie de l'avance des équipes
présentes à Auckland et - pourquoi pas
- se hisser au niveau d'Alinghi et d'Oracle.
"Il y a eu assez de changements pour produire des
résultats positifs importants", peut
ainsi affirmer Russell Coutts. "Le retour
sur investissements est ainsi devenu bien meilleur
pour les sponsors".
Alors que la route vers la XXXIIe Coupe s'ouvre lundi
avec la Moët Cup, premier de plusieurs évènements
programmés d'ici à 2007, les choses
semblent plutôt bien fonctionner pour ce qui
concerne Oracle et Alinghi qui, sauf suprise, devrait
au moins retrouver leurs sponsors de la précédente
édition.