(Quelques extraits de deux
interviews d'Ernesto Bertarelli, respectivement diffusées
par Alinghi et par la Tribune de Genève).
Q : Quelles ont été vos premières sensations cette
semaine à la barre d'un Class America?
EB : C'était nouveau pour moi et j'avais très envie
de saisir cette opportunité. Les premiers jours, il
y a eu quelques difficultés de communication dans
la cellule arrière lors des phases de départ souvent
déterminantes. C'est assez normal car nous manquions
d'entraînement par rapport à Oracle.
J'ai dit qu'il s'agissait pour nous d'une bonne thérapie.
Je pense que nous avons énormément appris ici. La
concurrence nous motive et nous rappelle qu'on n'a
pas intérêt à nous endormir sur nos succès passés.
Cela dit, le format des "challengers series" qui vont
précéder la Coupe ces trois prochaines années, sera
un peu différent. Ici, nous étions les invités d'Oracle
et c'est le challenger américain qui a pris toutes
les initiatives de l'organisation. Dans le futur,
ACManagement devrait reprendre ces événements avec
un comité indépendant. Nous aimerions aussi attirer
d'autres challengers. Team New Zealand a marqué son
intérêt.
Alinghi n'a pas un comportement égocentrique. La Coupe
de l'America, traditionnellement, on la gagne et on
la défend. On ne partage rien avec les autres. Nous
voulons changer les mentalités et faire quelque chose
de différent. L'autre jour, j'ai invité Loick Peyron
à venir naviguer avec nous. Ce sera peut-être un futur
adversaire français. Peu importe, nous n'avons rien
à cacher à bord de notre bateau.
Q : Les propriétaires vont-ils continuer à barrer
les bateaux lors des prochaines courses programmées
l'an prochain en Europe et aux Etats-Unis? Alinghi
et Oracle ne vont-ils pas décourager des autres challengers
plus modestes?
Je ne pense pas. La priorité doit être laissée aux
professionnels. Ce ne doit pas être un jeu exclusif
entre deux syndicats puissants. Ce ne serait pas bon
pour l'image de la Coupe et son développement. Nous
voulons créer un événement moderne dans un lieu où
nous sommes sûrs de pouvoir naviguer tous les jours.
Le public doit être mieux associé à la Cup. Je pense
aussi que la distribution de la couverture télévisée
et la qualité des commentaires méritent une plus grande
attention pour une meilleure visibilité de l'événement.
Q : Comment se partagent vos responsabilités entre
AC Management et le Team Alinghi ?
EB : Mon rôle prioritaire est de diriger Serono. La
seule façon efficace de diriger plusieurs organisations
est de déléguer. En remportant la Coupe de l’America,
nous avons hérité de deux responsabilités : organiser
l’événement d’une part, remporter la Coupe à nouveau
d’autre part. Michel Bonnefous et Russell Coutts ont
pour responsabilité de mener ces deux missions à bien,
et ils ont toute ma confiance.
Q: Quel est le calendrier d’ACM pour les prochains
18 mois?
EB : C’est trop tôt pour en parler en détail. Pour
l’instant, la priorité d’ACM est de mener à bien le
processus de sélection de la ville qui organisera
la prochaine Coupe de l’America. La sélection devra
être faite avant le 15 décembre. La seconde priorité
sera justement de mettre en place un calendrier précis.
Q : Maintenant que la balle est dans votre camp,
quelles modifications allez-vous apporter pour faire
de la Coupe de l’America un succès comparable à celui
de la Formule1 ?
EB: Lors de la dernière Coupe, nous n’avons pas navigué
durant 10 jours en raison de la météo. C’est ce qui
s’est passé de pire. L’objectif pour le futur est
donc de garantir des conditions météo qui permettent
de courir. Il faut également rapprocher l’événement
du public. On voit l’exemple ici, à San Francisco.
Le public peut suivre les régates depuis le bord,
il y a beaucoup de monde et le spectacle est fantastique.
Q : Des inquiétudes prennent forme sur le nombre
restreint de candidats challengers pour la prochaine
Cup. On est loin des quinze ou seize défis annoncés
il y a quelques mois. Comment AC Management compte-t-il
encourager les challengers et leurs partenaires?
EB : Si à quatre ans de la Coupe, nous avons déjà
7 ou 8 défis en préparation, c'est déjà énorme. Alinghi
et ACM vont tout mettre en œuvre pour favoriser la
naissance de nouveaux défis compétitifs. On ne veut
pas d'une Coupe de l'America au rabais sans forte
concurrence venant de nombreux pays. Le trophée est
revenu en Europe, mais nous allons continuer à promouvoir
la Coupe aux Etats-Unis.