"Si la Coupe reste
ici, je ne pense pas que nous aurons plus de six ou
huit challengers la prochaine fois. Si elle part en
Europe, ils seront au moins douze. Cette fois-ci ou
une autre, ce sera un événement exceptionnel".
Éternel porte-parole de la Louis Vuitton Cup,
le français Bruno Troublé dit tout haut
ce que tout le monde pense tout bas depuis longtemps.
Une troisième défense kiwie ferait sans
soute de la XXXIIe édition un événement
sans le même éclat.
"Nous avons connu des Coupe à six ou
huit équipes et nous aurons Alinghi et Oracle
qui ne peuvent pas ne pas revenir", affirme
l'ancien skipper du Baron Bich qui ne cache cependant
pas sa préférence pour un départ
vers le Vieux Continent.
"La Coupe a quitté l'Europe en 1851
pour ne jamais y revenir. Si cela se faisait, je suis
certain qu'elle y deviendrait plus grande encore",
explique t'il. "Elle gagnerait une nouvelle
dimension concernant les propriétaires, la
couverture médiatique et son intérêt".
Décidément très en verve, l’ancien
skipper du Baron Bich préconise par ailleurs
des modifications à tout va.
"L"America's Cup est une très
belle vieille dame (de 152 ans)", s'émerveille
Bruno Troublé. "C'est toujours une
beauté mais elle a besoin d'un peu de cosmétique,
pas plus. Autre chose pourrait la tuer".
Si elle restait à Auckland, le premier chantier
serait sans aucun doute le calendrier. Trop distendu,
l'actuel format comporte de vastes temps morts et
pose en outre de gros problèmes de navigabilité.
Dans une configuration plus ramassée et plus
tardive (de décembre à février,
pour un final à la fin du mois de mars), les
régates gagneraient d'autant plus en intensité
que la limite actuelle des 19 nuds perdrait
alors toute pertinence.
"Les challengers ne veulent pas s'affronter
dans des conditions musclées, avec des mâts
plus robustes, des voiles plus petites et des bateaux
plus solides pour être finalement écrasés
par le Team NZ dans le petit air".
Avec un duel final repoussé à la fin
mars, le décalage actuel serait supprimé
et les bateaux pourraient être pensés
pour des vents supérieurs à 25 nuds
(ce qui aurait permis d'éviter les deux tiers
des annulations).
L'autre grande souci de Bruno Troublé serait
de favoriser l'émergence des petits syndicats,
notamment en mettant en uvre des mesures permettant
d'éviter l'inflation qui aura marqué
cette XXXIe édition.
"Les deux tiers de l'équipe navigante
devraient être de la nation qui porte le challenge",
lance t'il en forme de clin il à certaines
des grosses pointures de la Coupe 2003. "Je
pense que nous devrions également limiter le
nombre de navigateurs dans chacune des équipes".
Des vux de changement dont on espère
qu'ils seront entendus.