Après avoir largement dominé le
début de la LV Cup, le Team BMW Oracle aura tristement
terminé.
Il y a douze jours à peine, Gavin Brady affichait
toute l'assurance d'une équipe quasiment certaine
d'arra- cher le précieux trophée aux suisses, affirmant
disposer du plus formidable bateau de la flotte
et d'un Chris Dickson à l'apogée de son talent.
Malgré les millions investis et les pronostics,
le USA 98 n'a jamais viré une bouée devant et, inévitablement,
la question se pose de savoir comment l'équipe en
est arrivée là.
Pour Chris Dickson, la seule raison de la domination
du Luna Rossa Challenge est à chercher dans une
incroyable élévation du jeu italien.
"Si nous partons c'est parce que Luna Rossa a vraiment
excellé cette semaine", a-t'il ainsi expliqué hier
soirlors d'une conférence de presse dont il était
bien sûr le point focal.
"Ils n'ont cessé de progresser et sont devenus de
plus en plus forts. Ils avaient une bonne vitesse
au près, étaient assez rapides au portant, ont pris
de bons départs, ont bien négocié les premières
bascules de vent, ont pris de bons choix tactiques.
Ils ont vraiment très bien régaté".
"Luna Rossa a vraiment été meilleur que nous", a
ensuite ajouté le néo-zélandais. "Ils nous ont battus
à chaque passage de marque. Nous avons fait tout
ce que nous pouvions".
De fait, les italiens ont impressionné durant ces
six matches. Outre un ITA 94 beaucoup plus rapide
que durant les phases antérieures de la compétition,
James Spithill et ses coéquipiers n'ont commis aucune
erreur et ont donné l'impression d'avoir trouvé
un équilibre commun d'une rare solidité.
"Aujourd'hui, James Spithill est sans doute le meilleur
barreur du monde", affirme ainsi le très respecté
Tim Jeffery, journaliste du Daily Telegraph. "En
l'absence de Russell Coutts, c'est en tout cas certain
en ce qui concerne les Class America".
Quelles que soient les qualités de l'équipe italienne,
la manière dont le syndicat américain semble être
passé à côté de ses duels n'est pas sans soulever
de questions.
Nombreux sont aujourd'hui les commentateurs qui
rappellent avoir pronostiqué une chute de la maison
BMW Oracle bien avant la course.
Minée par les dissensions, la dernière campagne
avait échoué en finale de la LV Cup face à Alinghi
(sur le score de 5 à 3) et, décidé à tirer les lecons
de ce qu'il considérait alors comme un échec, Larry
Ellison a confié l'entière responsabilité du BMW
Oracle Racing 2007 à Chris Dickson.
À propos de l'organisation de l'équipe, le designer
Juan Kouyoumdjian pointait il y a peu cette particularité
du Team qui voulait que repose sur les épaules d'un
seul et même homme les rôles de patron, de skipper
et de barreur.
"C'est l'équipe de Chris Disksson et, pour l'heure,
je ne vois pas qui d'autre que lui pourrait barrer
le bateau", expliquait le franco-argentin."Je n'aurais
pas dit cela il y a quelques mais, dès le début,
les choses ont été claires et on m'a expliqué qu'il
était le gourou, impliqué dans chacune des décisions.
C'est son style de management, il ne travaille qu'avec
des personnes dont il sait qu'ils suivront ses recommandations.
Ce sera donc sa victoire ou sa défaite".
Le contraste est évidemment fort avec Luna Rossa
où, initialement placé dans une position un peu
similaire, Francesco de Angelis a renoncé à la barre
au profit de James Spithill.
Même approche au sein du Team NZ qui, tirant les
leçons de la dernière campagne, a décidé de laisser
Dean Barker se concentrer uniquement sur la navigation,
le reste relevant de la compétence de Grant Dalton.
Bien qu'on puisse penser que ses propos sont marqués
d'une certaine amertume après qu'il ait été laissé
sur le banc de touche au profit de Gavin Brady,
le français Bertrand Pacé est plus clair encore
sur la responsabilité de l'échec de la seconde campagne
de Larry Ellison.
"L'organisation de l'équipe était beaucoup trop
pyramidale", a t-il déclaré après l'élimination
de son équipe. "Dickson était tout à la fois skipper,
manager, barreur et designer. Nous savions tous
que ce style de management dictatorial ne pouvait
pas fonctionner".
"Nous avons mal manoeuvré et fait beaucoup trop
d'erreurs", ajoute le français. "Nous sommes d'autant
plus déçu qu'il est certain que nous disposions
d'un très bon bateau".
Commentateur pour le magazine américain Yachting
World', le très respecté Matthew Sheahan livre une
analyse un peu plus nuancée.
"Durant les deux premières courses des semi-finales,
Dickson et son équipage se sont fait peur quand
Spithill a commencé à brouiller les cartes", écrit-il.
"De perdre une première course puis de ne gagner
la seconde que d'un cheveu a sûrement atteint leur
confiance".
"Dès lors, le niveau de stress et la tension sont
montés à bord, entraînant une multiplication des
erreurs. À partir de là, vous entrez dans une spirale
infernale où vous faites de plus en plus d'erreurs".
Une chose est sûre, c'est bel et bien Chris Dickson
qui sera comptable de ce que la presse américaine
qualifie déjà de désastre. La preuve en est que
c'est bien Larry Ellison qui a décidé de la laisser
à terre pour la dernière course.
"C'était la décision de Larry de me faire remplacer
aujourd'hui et je remercie Sten d'avoir pris la
barre", a expliqué le néo-zélandais lors de la conférence
de presse. "Je ne crois pas que Luna Rossa ait besoin
de conseil pour la finale et si c'était le cas,
je ne suis vraiment pas la meilleure personne pour
leur en donner".
Dès lors, se pose forcément la question du future
de l'équipe et de son mentor.
"Le futur de l'équipe est assuré depuis longtemps
puisque Larry a fait savoir qu'il s'engagerait à
nouveau", a expliqué Dickson. "Pour ce qui me concerne,
j'ai signé pour cette campagne. Après quelques semaines
pour préparer les affaires, je vais tranquillement
rentrer en Nouvelle-Zélande et sans doute emmener
ma famille à Disneyland. La vie continue."