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Interview croisée de deux Néo-Zélandais
pris dans la tourmente du conflit juridique qui
oppose leurs deux équipes, BMW Oracle et Alinghi.
• Ou en est on?
Brad Butterworth: "Ils nous traînent au tribunal.
Voilà ce qui se passe. C'est ce que j'appelle une
extorsion. Ils prétendent vouloir négocier, mais
ils auraient dû le faire avant de nous attaquer
en justice. S'ils retirent leur plainte, nous accepterons
de discuter."
Russell Coutts: "Nous craignons que le Protocole
actuel donne lieu à un événement unilatéral et favorise
tellement le Defender que la nature même de la Coupe
de l'America en sera altérée. Pour nous, la Coup
est en danger. Nous avons essayé de négocier, mais
s'ils ne veulent pas entrer en matière, il n'y a
pas d'autre solution que de porter l'affaire au
tribunal. Si nous parvenons à un accord mutuel –
selon le Deed of gift (ndlr. acte constitutif et
document de référence) pour un Protocole similaire
à celui de la 32e Coupe qui fut un vrai succès.
Si nous y parvenons, nous sommes prêts à interrompre
les démarches juridiques. C'est que je souhaite
ardemment."
• Les points qui fâchent?
R.C.: "La légitimité du Desafio español comme
Challenger of record ou le fait qu'ils s'octroient
le droit de rejeter un compétiteur même s'il répond
aux exigences. Et aussi la possibilité pour Alinghi
de participer aux éliminatoires des Challengers.
S'ils veulent tester leur bateau, qu'ils le fassent
dans le cadre d'une autre régate, obligatoire, mais
qui ne compte pas."
B.B.: "Lors de la dernière Coupe, BMW Oracle
avait contesté devant le jury la légitimité du Desafio
español parce qu'il représentait la Fédération espagnole
de voile. Cette fois, le Desafio représente un club.
Mais cela ne leur convient toujours pas. Le Challenger
of record est tout à fait légal. Quant à la question
de l'exclusion d'une équipe, c'est risible. Pourquoi
voudrait-on rejeter un Challenger alors que nous
encourageons la participation?"
• La position des autres?
R.C.: "Nous avons un groupe de Challengers
derrière nous. Mais je ne peux pas vous donner leur
nom."
B.B.: "Quatre Challengers sont officiellement
inscrits, dont Team New Zealand. D'autres, comme
les Allemands, ne devraient pas tarder. Tous ont
accepté le Protocole. Nous avons organisé une de
plus belles Coupes de l'America. Nous essayons de
faire les choses un peu différemment la prochaine
fois et, notamment, d'introduire, selon le souhait
de la plupart des équipes, un nouveau bateau. Tout
le monde a accepté le Protocole. Sauf Oracle."
• Le nouveau bateau?
R.C.: "Ce qui me dérange, c'est qu'Alinghi
n'a pas encore annoncé les règles de classe du nouveau
voilier. Ce qui leur donne un énorme avantage dans
la mesure où ils ne donnent pas suffisamment de
temps aux Challengers pour concevoir et construire
un bateau. Octobre, c'est bien trop tard pour permettre
à chacun d'explorer la jauge, de concevoir et construire
un bateau d'ici au printemps 2009. S'il est vrai
qu'ils n'ont pas commencé à plancher sur cette nouvelle
jauge avant la fin de la Coupe, alors pourquoi se
sentent-ils obligés d'introduire un nouveau bateau
dans des délais aussi courts?"
B .B.: "Ils sont les seuls à se plaindre. Nous
avons déjà eu plusieurs réunions avec les Challengers
officiels qui participent avec nous à l'élaboration
de la jauge."
• La Coupe en danger?
B.B.: "La Coupe, non. Mai les petites équipes,
oui. Ça nuit à leur recherche de fonds. Larry Ellison,
lui, aura toujours de quoi signer les chèques. Tout
cela n'est qu'une embuscade, une prise en otage
de l'événement pour obtenir la régate qu'ils souhaitent..."
R.C.: "Nous craignons que le Protocole actuel
ne donne lieu à un événement unilatéral et favorise
tellement le Defender que la nature même de la Coupe
de l'America en sera altérée. Pour nous, la Coupe
est en danger."
• Un duel en 2008?
R.C.: "Je préférerais pouvoir me concentrer
le plus vite possible sur les aspects sportifs et
disputer cette Coupe en 2009. Je suis réfractaire
à l'idée d'un défi en multicoques l'an prochain.
Mais en tant que directeur général, je me dois de
parer à toute éventualité. De préparer mon équipe
techniquement et sportivement."
B.B.: "Nous n'avons pas l'intention de les
affronter l'an prochain en multicoques. Mais de
disputer des actes, à bord des bateaux actuels,
avec les Challengers officiels"
• Une amitié en péril?
B.B.: "Pas le moins du monde. Nous en avons
vu d'autres. Et j'ai hâte de le revoir. Avec tout
ça, nous allons avoir le temps de jouer au golf
en attendant de pouvoir à nouveau naviguer. Russell
est quelqu'un de très bien. C'est un grand marin.
Mais je travaille pour Ernesto Bertarelli et il
travaille pour Larry Ellison. Il est normal qu'il
fasse tout ce qu'il peut pour son équipe. Ce qu'il
pense être le mieux pour elle. Personnellement,
ce qui m'intéresse, c'est de naviguer. J'ai eu honte
pour mon pays en 1988 lorsque Michael Fay est allé
en justice pour lancer un défi absurde aux Américains.
Nous avons gagné la Coupe, nous avons pris des décisions
pour la suite et nous nous y tenons."
R.C.: "J'ai essayé d'utiliser cette amitié
pour permettre un début de négociations autour d'une
table. Pour l'instant, cela n'a servi à rien. Mais
quoi qu'il arrive, ils resteront mes amis. C'est
aussi pour cela que j'aimerais que l'on trouve un
accord pour que l'on puisse se concentrer sur ce
que nous aimons, c'est-à-dire régater. Mais dans
le cadre d'une compétition équitable où j'aurai
une chance de gagner. Je ne comprends pas ce qui
a motivé de tels changements. Pourquoi ce besoin
si fort d'établir des règles aussi unilatérales?
J'aimerais qu'on me le dise. Je ne peux pas mettre
un visage sur ce Protocole. Brad, Ernesto? Mais
je ne suis pas là pour débattre de la responsabilité
de telle ou telle personne. Dépassons les conflits
personnels. C'est l'avenir de la Coupe qui est en
jeu."
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