|
À maintenant à peine quatre
jours de l'America's Cup, la question agite plus
que jamais Valence.
Du côté du Team Alinghi, on s'en tient
à la ligne de conduite initiée il
y a quelques mois et, à part quelques "happy
few", personne ne peut réellement savoir
qui sera à bord du bateau suisse samedi prochain.
Laissée vacante après le départ
de Russell Coutts en 2004, la place de barreur n'a
jamais été officiellement reprise
et Alinghi a soigneusement évité de
faire connaître lequel des deux prétendants
encore officiellement en lice sera chargé
de cette très difficile mission.
"C'est inutile de l'annoncer plus tôt",
affirme Grant Simmer, coordinateur du design team.
"Peter Holmberg et Ed Baird travaillent ensemble
et régate l'un contre l'autre depuis plusieurs années.
Nous leur avons demandé quelque chose de particulièrement
difficile : se battre pour le poste de barreur,
tout en continuant de travailler ensemble et de
s'entraider".
Cette très grande discrétion alimente
évidemment toutes les rumeurs et chacun voit
dans tel ou tel état de fait le signe que
l'un ou l'autre sera à la barre face au Team
New Zealand.
À ce petit jeu, il semble que ce soit l'américain
Ed Baird qui tienne la corde, donné comme
favori par la grande majorité des commentateurs
de la Coupe (et notamment par Paul Cayard).
En fait, la seule certitude sur laquelle tout le
monde tombe d'accord est qu'il est d'ores et déjà
acquis que, réunis autour d'un Brad Butterworth
dorénavant promu au poste de skipper (tout
en restant tacticien) les anciens "Russell
boys" seront de la partie.
À Valence comme à Auckland, Warwick Fleury
devrait être régleur de grand voile, Murray
Jones statégiste, Simon Daubney régleur de
génois et Dean Phipps bastaque/piano.
Les "Famous Five" comme on les nomme dorénavant
(Russell Coutts n'étant plus de la partie)
ont embarqué ensemble, en 1995, dans la campagne
fructueuse de Team New Zealand. Ils ont défié le
Defender et l'ont battu. Depuis cette première victoire,
ils ont emporté chaque America’s Cup.
Exception faite des cinq néo-zélandais,
bien malin celui qui pourra prédire la composition
d'un équipage qui n'a cessé de tourner
durant la préparation de cette défense
suisse.
"Aucun d'entre-nous ne connait les équipiers
qui seront à bord pour l'America's Cup",
explique d'ailleurs l'italien Nicola ‘Ciccio’ Celon,
ancien du Luna Rossa. "Et c'est très
bien ainsi puisque, dans le cas contraire, il aurait
été très difficile de maintenir
intacte notre concentration aussi longtemps".
"Les équipes qui ont opté pour
une équipe A et une équipe B ont fait
selon moi une erreur majeure", poursuit-il.
"En effet, comment voulez-vous demander à
des équipiers de donner en permanence leur
maximum alors qu'ils savent pertinemment qu'ils
ne seront pas à bord durant les régates
? Pour moi, c'est inconcevable".
Mais cette stratégie porteuse de faux-espoirs
n'est-elle pas en même temps susceptible de
nourrir une vraie frustration pour ceux qui resteront
à terre le jour J ?
"Non", affirme sans hésiter Nicola
Celon. "Nous sommes tous des professionnels
et nous savons que le Team Alinghi est une méritocratie.
Seuls les meilleurs seront à bord".
Du côté des néo-zélandais,
les rumeurs et spéculations n'ont durer que
quelques heures après une explication plus
que transparente faite par le britannique Kevin
Shoebridge, sailing manager de l'équipe kiwie
et à ce titre en charge des sélections.
"L'équipe qui est descendue du bateau
après avoir remporter la Louis Vuitton Cup
y remontera pour l'America's Cup", a t-il expliqué
à la presse néo-zélandaise.
"C'est une décision que nous avons déjà
arrêtée lors d'une réunion de
l'équipage".
"Il y a de cela deux ans, j'avais devant moi
une liste de 50 noms et une de mes missions était
de dire à chacun où aller, du skipper
jusqu'à l'équipe de soutien sur l'eau.
Ce temps est dorénavant révolu".
Après trois années à naviguer
ensemble au quatre coins du globe, un équilibre
s'est instauré de lui-même au sein
du Team New Zealand. Et ce sont dorénavant
le skipper Dean Barker et le tacticien Terry Hutchinson
qui mènent la danse.
De fait, la structure de la cellule arrière
n'a changé que deux fois durant les derniers
mois.
Une fois durant l'Act 13 où Dean Barker avait
laissé la barre au britannique Ben Ainslie,
ouvrant alors la voie à toutes les spéculations.
Une autre fois durant les rounds robin, après
que l'australien Adam Beashel se soit blessé
durant une manœuvre.
Mais, depuis le retour de ce dernier il y a quelques
semaines, tout est rentré dans l'ordre. Le
23 juin, la cellule arrière sera donc composée
de Dean Barker (skipper), Terry Hutchinson (tacticien),
Ray Davies (stratégiste), Kevin Hall (navigateurr)
et Adam Beashel (Traveller).
Parallèlement, les autres équipiers
annoncés sur la feuille de match du 5 juin
dernier devraient tous être là, dans
une équipe dorénavant particulièrement
solide.
"Nous essayons de prendre du plaisir",
explique à ce propos Dean Barker. "Dick
Meachem [mid bow] a introduit la tradition de la
blague du jour alors que nous étions en train
de remonter le canal et, depuis, il y a en a eu
de très mauvaises".
"Nous sommes en tout cas là réunis
à dix-sept et c'est quelque chose qui aide
vraiment", ajoute celui qu'il est bien difficile
de rapprocher du Dean Barker dépité
et tendu qui avait tant souffert à Auckland.
Beaucoup plus sollicités physiquement que
les autres équipiers, euls les grinders pourrait
échapperà cette inamovibilité.
"Si les séries sont courtes, la fatigue
ne devraient pas les atteindre outre mesure",
explique à ce propos Kevin Shoebridge. "Dans
le cas contraire, il sera probablement nécessaire
d'organiser une rotation".
|