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Le patron du chantier naval Décision
SA est catégorique. Alinghi ne sera pas prêt dans
les temps.
Les préoccupations d'Alinghi sont aussi celles de
Bertrand Cardis, le patron du chantier naval Décision
SA d'où sont sortis les monocoques Class America,
vainqueurs en 2003 à Auckland et en 2007 à Valence.
Le constructeur suisse est intimement lié à l'aventure
Alinghi. Il a participé en 2000 à la première séance
qui a vu naître l'équipe vainqueur de l'America's
Cup. Participer à ce projet audacieux a permis au
chantier naval de renforcer sa renommée internationale,
tout en bénéficiant d'un effort de recherche soutenu
pour améliorer la qualité des matériaux composites
et les méthodes de production, en collaboration
avec l'EPFL.
Avec un brin d'anxiété, Cardis attend d'un jour
à l'autre un coup de fil lui annonçant le démarrage
d'un nouveau projet gigantesque, celui d'un multicoque
(catamaran ou trimaran) de 90 pieds, en prévision
d'un duel singulier entre Alinghi et Oracle dans
un lieu toujours inconnu.
La problématique réside dans le temps qu'il aura
pour construire ce bateau et pour que l'équipage
puisse effectuer les mises au point et les tests
de fiabilité indispensables.
"Si on me demande de construire un tel engin
et de le tester en moins de six mois pour qu'il
soit prêt à régater au début octobre, je dis non",
expose t-il. "Impossible! On a atteint un niveau
de complexité tel que chaque pièce doit être analysée,
validée. Avec un tel 'monstre marin', on va développer
de la vitesse, de la superperformance".
Le design team d'Alinghi, avec Nigel Irens et Sébastien
Schmidt en renfort, étudie le concept du bateau
depuis plusieurs mois, mais la construction n'a
pas encore commencé.
"L'idéal, poursuit Cardis, serait d'entamer
le multicoque dans le courant avril et de le livrer
à mi-décembre, ce qui laisserait ensuite trois mois
de tests sur l'eau."
Pour Alinghi, il n'y a pas d'autre alternative,
car il y va de la sécurité des marins.
"On construit un bateau léger, puissant, qui
doit bien virer de bord et se montrer extrêmement
manoeuvrant. L'autre facteur, c'est le risque de
casse. La difficulté réside dans le fait que sur
ce genre de multi, nous n'avons pas la même expérience
ni une base de données aussi fournie que pour un
monocoque Class America. Un 90 pieds, c'est presque
trois fois plus grand qu'un Décision 35, avec un
mât entre 45 et 50 mètres de haut."
"Alors, vous comprendrez qu'on ne peut pas
se précipiter, faire n'importe quoi. C'est juste
trop dangereux. Si Oracle veut naviguer en octobre,
il va sans doute se retrouver seul sur la ligne
de départ. Ou alors il faudra y aller avec le 41
pieds Alinghi, le plus grand catamaran jamais sorti
d'un chantier suisse. Face au 90 pieds d'Oracle,
il n'y aurait pas de match!"
Bertrand Cardis se soucie aussi de la logistique
colossale à mettre en place pour construire un multicoque
géant. «Sortir un 90 pieds va demander au moins
50 000 heures de travail, soit plus du double que
pour un Class America.
Cela signifie que je dois doubler le nombre d'employés
sur le chantier. Et contrairement à Oracle, qui
construit certainement deux bateaux, les designers
d'Alinghi devront se déterminer sur le concept de
leur multicoque, selon le lieu choisi pour régater.
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